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[Plug.In] Basel, 2009 © Ana Brankovic
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+ version française
Au début, Self-service se présente comme une simple installation. Sur scène : une caméra sur pied fixant la photo d’un immeuble en béton, et un moniteur. A première vue, le moniteur diffuse l’image enregistrée par la caméra : l’immeuble sur la photo. Mais quand l’artiste soulève le moniteur et le glisse lentement vers le sol, l’image à l’écran révèle elle aussi graduellement les étages inférieurs de l’immeuble et la route qui passe au pied du bâtiment – pourtant ni la caméra, ni la photo au mur, n’ont bougé. Inversion des rôles : dans les mains de Yan Duyvendak, le moniteur ne diffuse plus l’image, mais la capte, comme une caméra - l’image à l’écran semblant suivre les mouvements opérés par l’artiste avec le moniteur.

C’est alors que la parole vient se superposer à ce récit en images. Des bribes de textes évoquent l’amour, le trouble et le désir ressentis à chercher l’être aimé ou à le retrouver. D’autres décrivent la toute-puissance que l’on éprouve en sauvant la vie de quelqu’un : comme on se prend pour Dieu, comme on se coupe du réel. Comme on a l’intuition de ce qui est bien, comme on peut avoir le pressentiment d’évènements dramatiques. Et finalement, comme on projette nos attentes sur les autres.

Tout le long, le performeur joue avec l’écran, cette fenêtre ouverte sur le monde, comme avec la vitre d’une voiture au travers de laquelle on peut voir défiler le paysage. Jusqu’à ce que le moniteur montre l’image de la salle de spectacle. Après un dernier tour de piste, on découvre une salle vide. On regarde l’image et, de nouveau, la salle autour de nous, et on réalise qu’on n’est plus là. On a disparu, on a été gommé - effacé. A ce moment précis, on peut se demander qui cherche qui, qui s’attend à quoi. Et pourquoi. Nos attentes ont été déjouées. Face à nous, l’artiste devient proprement créateur, ouvrant de nouvelles perspectives, et révélant notre monde intérieur fait d’illusions et de doutes.

Texte: Annette Schindler
Traduction: Charles Mesnier

Self-service

The performance entitled Self-service begins with technology. On stage there is a video camera on a tripod, aimed at the photograph of an unspectacular building made of concrete. Further forward there is a simple monitor on a pedestal. When the artist switches on these devices, the monitor shows the image that the video camera is obviously recording, which is the concrete building on the photograph. Photograph and video are thus seen linked to one another. The artist then raises the monitor and begins to move it gently. As he lowers it gradually towards the ground, the image on the monitor also glides downwards showing the lower storeys of the building and finally the street on which the building stands. The camera never moves. In Duyvendak’s hands, the monitor, a reproduction device, takes on the role of a recording device, the video camera. The image on the screen seems to follow the movements that Duyvendak performs with the monitor.

Then language is added to this story in images. Fragments of speech tell of love, loss and desire, of seeking and rediscovering a loved one. The flights of emotion are described when you save someone’s life and feel like God and lose your grounding. Foreseeing good, but also life-threatening events. At the end there is a change of perspective in the love story that demonstrates how we all project our longing onto others.

All the while the performer moves the monitor about, using it like a car window through which we can see the passing landscape. Until finally, the screen shows the room in which the performance is taking place. After another turn of the monitor, we as the audience see that this room is empty. We look into the monitor and then back into the room around us, and realise that we are gone. Rubbed out. At that moment, are we seeking or are we being sought? Our expectations have proved false. The performer is now in the role of creator, bringing forth a new perspective, that of the inklings and illusions of our introspection.

Text: Annette Schindler
Translation: Martin Striegel
Première: 05.12.2003, Les Urbaines, Arsenic centre d’art scénique contemporain, Lausanne
Conception & performance: Yan Duyvendak
Direction: Imanol Atorrasagasti
Dramaturgy: Nicole Borgeat

Production & Management: Nataly Sugnaux Hernandez
Administration: Catherine Cuany
Communication: Ana-Belen Torreblanca
Technics: Gaël Grivet

Production: Dreams Come True, Genève
Coproduction: Centre pour l'Image Contemporaine (sgg*) saint-gervais genève; Fonds d'art contemporain de la Ville de Genève (fmac); Nuit de la Science, Musée d'Histoire des Sciences Genève.